Le tourisme durable
Le tourisme durable désigne une manière d’organiser l’activité touristique en tenant compte de ses effets sur les territoires, aujourd’hui et à long terme. Sa définition associe les besoins des visiteurs et des professionnels à ceux des populations d’accueil et à la préservation des milieux. Elle s’inscrit dans une réflexion internationale sur le développement, devenue plus concrète avec les objectifs adoptés par les Nations unies en 2015. Son application concerne l’ensemble des destinations et des formes de séjour, des villes aux littoraux.
Une définition
Dans son guide Making Tourism More Sustainable: A Guide for Policy Makers, publié en 2005 avec le Programme des Nations unies pour l’environnement, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) définit le tourisme durable comme une activité qui tient pleinement compte de ses effets économiques, sociaux et environnementaux, présents et futurs. Elle doit répondre aux besoins des visiteurs, des entreprises touristiques, de l’environnement et des communautés d’accueil. Cette définition concerne à la fois les conséquences immédiates d’un séjour et celles qui se manifestent avec le temps, par exemple dans l’emploi, l’usage des ressources ou la qualité des lieux fréquentés.
Le terme « durable » renvoie au rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, Notre avenir à tous, paru en 1987. Ce texte décrit le développement durable comme un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Appliquée au tourisme, cette idée invite à examiner si les choix d’aujourd’hui maintiennent les conditions nécessaires à la vie des habitants, à l’activité économique et à la préservation des ressources sur lesquelles les destinations s’appuient.
En 2015, les Nations unies ont adopté les objectifs de développement durable (ODD), qui inscrivent notamment le tourisme dans l’Agenda 2030. Ils donnent une traduction internationale à des enjeux comme l’emploi, la consommation des ressources et les retombées économiques des activités liées à la mer. Les cibles 8.9, 12.b et 14.7 précisent ces liens; leurs domaines d’action sont détaillés avec les dimensions du tourisme durable.
L’OMT a pris le nom d’ONU Tourisme en 2024. Ce changement d’appellation ne modifie pas la définition publiée en 2005, qui demeure une référence pour penser la durabilité du secteur. Elle ne désigne pas une catégorie limitée aux séjours de pleine nature : elle s’applique aussi au tourisme urbain, culturel, balnéaire ou d’affaires, quels que soient la durée du voyage et le type d’hébergement.
Pour une destination, le tourisme durable constitue un objectif de gestion à long terme : maintenir l’accueil des visiteurs tout en préservant les conditions sociales, économiques et environnementales dont dépend son avenir. Les modalités varient selon les territoires, mais la définition fournit un cadre commun pour examiner les effets de l’activité et orienter les décisions.
Environnement, société, économie
Les trois dimensions du tourisme durable sont liées : une mesure environnementale peut modifier les coûts d’exploitation, tandis qu’une décision économique peut transformer les conditions de vie locales. L’évaluation doit aussi considérer les acteurs concernés par la définition de l’OMT.
- Dimension économique : examiner la viabilité des activités touristiques, la qualité des emplois et la répartition des revenus, notamment entre entreprises locales et opérateurs extérieurs.
- Dimension sociale : prendre en compte les conditions de travail, l’accès des habitants aux services et la manière dont le développement touristique transforme la vie quotidienne.
- Dimension environnementale : évaluer les pressions sur les ressources, les milieux naturels et le climat, depuis les déplacements jusqu’aux services consommés sur place.
- Visiteurs : considérer les attentes et les comportements des personnes en séjour, dont les choix de transport et de consommation participent aux effets de l’activité.
- Entreprises touristiques : intégrer les décisions des hébergeurs, transporteurs et autres professionnels, qui organisent les services et influencent leur empreinte.
- Environnement : traiter les écosystèmes et les ressources naturelles comme des éléments directement concernés par l’aménagement, la fréquentation et l’exploitation touristique.
- Communautés d’accueil : tenir compte des habitants des destinations, de leurs besoins, de leur participation aux décisions et des retombées locales du tourisme.
Les ODD précisent plusieurs priorités : la cible 8.9 vise des politiques de tourisme durable créatrices d’emplois et valorisant la culture et les produits locaux; la cible 12.b porte sur des outils de suivi des effets du tourisme durable; la cible 14.7 concerne les bénéfices économiques tirés de l’usage durable des ressources marines, notamment par le tourisme.
L’empreinte climatique illustre l’ampleur des effets à mesurer. L’étude de Manfred Lenzen et de ses coauteurs, publiée dans Nature Climate Change en 2018, estime que le tourisme représentait environ 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre sur la période 2009–2013. Cette estimation prend en compte les chaînes d’approvisionnement liées à la demande touristique, et pas seulement les émissions visibles pendant le séjour.
Le tourisme solidaire
Le tourisme solidaire place les communautés locales au cœur de l’expérience, de l’accueil à la préparation des séjours. Les voyageurs découvrent un territoire grâce aux personnes qui y vivent et contribuent à faire vivre des activités locales. Une part des dépenses peut aussi soutenir des projets définis sur place, selon les modalités du voyage. La relation repose sur l’échange et la participation, plutôt que sur une aide extérieure ponctuelle.
Les habitants au centre du voyage
Dans un séjour solidaire, les habitants ne sont pas de simples figurants : ils prennent part à l’organisation et à la rencontre avec les voyageurs. Leur rôle varie selon le territoire et les choix des partenaires locaux.
- Une famille peut accueillir les visiteurs dans une chambre aménagée chez elle, partager les repas et présenter les habitudes quotidiennes du village.
- Des hébergeurs locaux gèrent une maison d’hôtes ou un petit gîte, choisissent les services proposés et assurent l’accueil des voyageurs.
- Des guides du territoire conduisent les sorties à pied, expliquent les paysages et adaptent le parcours aux usages et aux conditions locales.
- Des artisans, agriculteurs ou pêcheurs transmettent leurs gestes et leurs connaissances lors d’une visite ou d’un atelier organisé avec leur accord.
- Des représentants d’associations ou de groupes villageois peuvent contribuer au choix des activités, à leur calendrier et aux règles de visite.
- Des habitants participent aux échanges avant le départ, notamment pour préciser les attentes, les langues parlées et les conditions d’accueil.
Ces rôles donnent aux résidents une place active dans la rencontre, plutôt que de les réduire à une attraction. La centralité des personnes se mesure à leur capacité à choisir leur participation et à faire entendre leurs priorités.
Une part du voyage au profit de projets locaux
Le prix d’un séjour solidaire peut intégrer une contribution destinée à un projet local, ou les organisateurs peuvent orienter une partie des dépenses vers des prestataires du territoire. Les modalités varient : soutien à une initiative collective, achat de services auprès d’habitants ou financement d’un équipement défini avec les partenaires concernés. Le voyageur doit pouvoir comprendre à quoi cette part est affectée, sans qu’un montant identique soit attendu de tous les séjours.
Ce mécanisme s’inscrit dans une relation commerciale et humaine : le voyageur paie un hébergement, une visite ou un accompagnement, tandis que les acteurs locaux fournissent un service et participent aux décisions qui les concernent. La contribution aux projets prolonge cet échange en soutenant des priorités locales. Elle ne remplace ni la rémunération des prestataires ni leur travail par une simple donation caritative.
L’ATES, l’Association pour le tourisme équitable et solidaire, constitue un exemple français d’acteur engagé dans ce domaine. Elle rassemble des structures de voyages autour d’une approche qui associe rencontre, partenariat et retombées pour les territoires. Son existence illustre une démarche organisée en France ; elle ne signifie pas que tous les voyages solidaires suivent les mêmes modalités financières.
Le volontourisme relève d’une autre pratique : il propose souvent de courtes missions payantes, présentées comme une occasion d’aider pendant un voyage. Cette formule est critiquée, notamment dans les orphelinats, car les visites et interventions répétées de bénévoles de passage peuvent fragiliser les repères des enfants. Un séjour solidaire s’oriente plutôt vers la rémunération des compétences locales et le soutien durable d’initiatives choisies avec les habitants, au service du développement local.
L’écotourisme
L’écotourisme concerne des séjours dans des milieux naturels, des forêts tropicales aux zones humides et aux montagnes. La présence d’un paysage préservé ne suffit toutefois pas à qualifier un voyage : les activités et leurs effets comptent aussi. La définition de la Société internationale de l’écotourisme associe la conservation, le bien-être des populations locales et l’éducation. Ces critères permettent d’examiner ce qui distingue une découverte de la nature d’une démarche réellement engagée.
La nature au centre
La Société internationale de l’écotourisme (TIES) définit l’écotourisme comme un voyage responsable dans des espaces naturels, qui contribue à préserver l’environnement, soutient le bien-être des populations locales et comprend une dimension d’interprétation et d’éducation. Sa formulation actualisée, publiée en 2015, réunit trois critères indissociables : la conservation des milieux, les retombées positives pour les habitants et la transmission de connaissances. Un séjour dans une réserve ou une forêt ne répond donc pas à cette définition par son seul décor.
Le premier critère porte sur la conservation. Les activités et les choix d’organisation doivent contribuer à maintenir les habitats et les espèces, plutôt que de dégrader les ressources qui attirent les visiteurs. Cela peut passer par des visites encadrées dans des secteurs autorisés, le respect des règles d’accès à une aire protégée ou le financement d’actions de conservation. L’objectif n’est pas simplement de réduire les dommages : la protection du milieu fait partie du sens même du déplacement.
Le bien-être local constitue le deuxième critère. Les communautés voisines doivent pouvoir prendre part aux décisions et tirer des bénéfices concrets de l’activité, par exemple grâce à l’emploi de guides du secteur, à des hébergements gérés localement ou à des achats auprès de producteurs. La répartition des revenus importe : une activité qui attire des visiteurs mais laisse peu de ressources sur place ne répond que partiellement à cette exigence. Les pratiques durables en tourisme tiennent ainsi compte des habitants concernés, de leurs savoirs et de leurs priorités.
Le troisième critère est l’interprétation, c’est-à-dire l’explication des caractéristiques naturelles et culturelles du lieu, complétée par l’éducation. Un guide peut, par exemple, présenter le rôle d’une mangrove dans la protection du littoral et expliquer les règles à suivre pour ne pas perturber les oiseaux nicheurs. Le visiteur comprend alors les enjeux derrière les consignes, au lieu de se contenter d’observer un paysage. Cette dimension éducative donne à la découverte une portée qui dépasse la simple fréquentation d’un site naturel.
Le terme est généralement attribué à l’architecte et environnementaliste mexicain Héctor Ceballos-Lascuráin, qui l’emploie en 1983 à propos de la conservation et du tourisme dans les milieux naturels. En 2002, la Déclaration de Québec sur l’écotourisme est adoptée lors du Sommet mondial de l’écotourisme, tenu à Québec dans le cadre de l’Année internationale de l’écotourisme des Nations unies. Elle met notamment en avant la contribution à la conservation, la participation des communautés d’accueil et l’interprétation. Ces repères situent l’écotourisme parmi les formes de voyage qui relient découverte, apprentissage et bénéfices locaux.
Découvrir et protéger
Un séjour en pleine nature n’est pas automatiquement un écotourisme : son empreinte dépend du trajet, du nombre de visiteurs, des activités et des retombées sur place. Quelques facteurs permettent d’évaluer si la découverte accompagne réellement la protection du milieu.
- Le transport peut peser lourd dans l’impact du voyage : un vol long-courrier jusqu’à une forêt tropicale entraîne des émissions, même si les visites sur place se font à pied.
- La fréquentation concentrée sur un sentier ou un belvédère provoque piétinement, déchets et érosion ; des groupes successifs peuvent aussi réduire la tranquillité d’un site.
- La proximité des animaux peut les faire fuir, interrompre leur alimentation ou modifier leurs déplacements, notamment lorsque les visiteurs sortent des chemins pour obtenir une meilleure observation.
- Routes, parkings, lodges et éclairage artificiel fragmentent les habitats ou transforment un rivage ; leur construction exige de considérer les sols, l’eau et les espèces présentes.
- Les dépenses profitent peu aux habitants lorsque les hébergements et les excursions sont contrôlés depuis l’extérieur, tandis que les emplois locaux restent rares ou saisonniers.
La conservation doit donc être un résultat concret de l’activité, et non une simple promesse associée à un paysage. Un voyage en nature se rapproche de l’écotourisme lorsque la fréquentation est adaptée à la sensibilité du site, que les habitants bénéficient des visites et que l’observation s’accompagne d’explications sur les espèces et les règles de protection.
Durable, solidaire, écotourisme et responsable, les différences
Ces quatre approches cherchent à limiter les effets négatifs du voyage, mais elles ne portent pas sur le même objet ni sur les mêmes acteurs. Une politique de destination, le choix d’un voyageur, une rencontre avec des habitants et une sortie en milieu naturel appellent des repères différents. Les textes de référence publiés entre 2002 et 2005 éclairent ces écarts sans effacer les recouvrements. Pour choisir un terme, observez surtout qui agit et ce qui constitue la priorité du séjour.
Ce qui les rapproche
Le Tourisme durable, le tourisme solidaire, l’écotourisme et le tourisme responsable prennent en compte les effets d’un séjour au-delà de l’expérience immédiate du visiteur. Un trajet en bateau sur un lac, par exemple, peut contribuer aux revenus d’un opérateur local tout en générant du bruit ou des déchets : les choix d’organisation comptent autant que l’activité proposée.
Ces démarches partagent une préoccupation éthique et environnementale. Réduire les déchets d’un hébergement, limiter les perturbations d’un site naturel ou rémunérer les prestataires locaux à des conditions convenues sont des actions concrètes qui peuvent servir plusieurs objectifs à la fois. L’échelle varie, mais la recherche d’une moindre pression sur les lieux visités reste commune.
Les acteurs ont également un rôle à jouer : autorités locales, entreprises, associations, habitants et voyageurs influencent chacun une partie du résultat. Une commune peut organiser la fréquentation d’un sentier, un hébergeur peut acheter ses produits auprès de fournisseurs voisins et un visiteur peut respecter les règles d’accès d’une zone protégée. Ces responsabilités se complètent sans être identiques.
Les recouvrements sont donc fréquents : un séjour organisé avec une association locale dans une aire naturelle peut relever à la fois de l’écotourisme et du tourisme solidaire, si ses pratiques tiennent aussi compte des impacts à long terme. Les termes indiquent des priorités différentes, mais une même initiative peut en réunir plusieurs.
Ce qui les distingue
La distinction tient principalement à l’échelle concernée : une destination, la conduite des acteurs, la nature ou les communautés locales. Les textes de référence ci-dessous donnent des repères pour situer chaque approche.
| Terme | Focus | Qui agit ? | Texte de référence et année |
|---|---|---|---|
| Tourisme durable | La durabilité de l’ensemble d’une destination et de son activité touristique. | Les autorités et entreprises touristiques, avec les habitants et les visiteurs. | PNUE et OMT, Making Tourism More Sustainable: A Guide for Policy Makers, 2005. |
| Tourisme responsable | La manière de réduire les effets négatifs et d’accroître les effets positifs du tourisme. | Voyageurs, entreprises, pouvoirs publics et communautés d’accueil, chacun dans ses décisions. | Déclaration du Cap sur le tourisme responsable dans les destinations, 2002. |
| Écotourisme | La découverte de milieux naturels, leur conservation et l’interprétation de leur patrimoine. | Visiteurs, guides, opérateurs et organismes de conservation. | Définition de TIES, 2002 ; Déclaration de Québec sur l’écotourisme, 2002. |
| Tourisme solidaire | La place des communautés locales et les retombées du séjour pour elles. | Habitants et organisations locales, associés aux opérateurs et aux voyageurs. | Charte du tourisme équitable et solidaire de l’ATES ; création de l’association en 2006. |
Ces termes sont liés, mais non interchangeables : un séjour axé sur l’observation d’une forêt relève d’abord de l’écotourisme, tandis qu’un projet construit avec une association d’habitants met l’accent sur la solidarité. Le tourisme durable désigne plutôt l’objectif global d’une destination, et le tourisme responsable l’approche adoptée par les acteurs du voyage. Aucun de ces termes ne constitue, à lui seul, un label ou une garantie ; vérifiez les engagements précis, les partenaires locaux et les effets annoncés avant de choisir.
Un exemple en Birmanie, le lac Inle
Le lac Inle, dans l’État Shan, au centre-est de la Birmanie, illustre les liens étroits entre les communautés riveraines et un milieu naturel fragile. En 2015, l’UNESCO l’a inscrit au réseau mondial des réserves de biosphère, une reconnaissance de son importance écologique et humaine qui ne signifie pas, à elle seule, que le site est géré durablement. Les premiers habitants du lac sont les Intha, dont les villages sur pilotis et les jardins flottants ont façonné le paysage et l’économie locale. Cette coexistence entre activités humaines, ressources naturelles et patrimoine vivant rend Inle pertinent pour comprendre les enjeux du tourisme durable, sans réduire le lieu à une destination exemplaire. Les jardins flottants sont aménagés sur des bandes de végétation aquatique et de matière organique, maintenues à la surface par des pieux de bambou. Les familles y cultivent notamment des tomates, des légumes et des fleurs, souvent sur des parcelles proches des villages. Les plantes et les cultures sont ainsi directement liées à l’eau du lac, qui sert aussi aux déplacements, à la pêche et à d’autres usages quotidiens. Ce système agricole traditionnel contribue à l’identité du paysage, mais son développement et l’intensification des cultures peuvent aussi exercer une pression sur l’écosystème. L’enjeu ne se résume donc pas à opposer les habitants à la nature : les moyens de subsistance locaux dépendent du lac, tandis que les pratiques agricoles et l’évolution du bassin versant modifient son état. Des études de terrain consacrées au lac ont documenté l’envasement et la dégradation de la qualité de l’eau, notamment à partir d’analyses de sédiments et d’échantillons d’eau. L’érosion des sols du bassin versant transporte des particules vers le lac, où leur accumulation réduit progressivement la profondeur de certaines zones et perturbe les habitats aquatiques. Les recherches sur les jardins flottants signalent également la présence de fertilisants et de pesticides employés pour les cultures, susceptibles de rejoindre l’eau par ruissellement ou lors des travaux agricoles. Ces résultats décrivent des pressions cumulées : apports de sédiments, rejets liés aux activités humaines et substances agricoles, plutôt qu’une cause unique à laquelle attribuer tous les changements observés. Les études portant sur ces phénomènes doivent être lues à l’échelle du bassin, car les écoulements, les pratiques agricoles et les usages du lac sont liés. La situation d’Inle met en évidence une tension concrète entre l’économie locale et la préservation d’un milieu dont dépendent les communautés riveraines. Les cultures des jardins flottants procurent des revenus et participent à l’approvisionnement alimentaire, tandis que les apports de terre et de produits agricoles contribuent aux pressions environnementales relevées par les études. Les villages sur pilotis, les voies d’eau et les cultures sont aussi des espaces habités et travaillés, pas seulement des éléments de décor pour les visiteurs. Une lecture responsable du tourisme prend en compte cette réalité sociale ainsi que les effets possibles des déplacements et des activités sur les ressources du lac, sans supposer que la présence d’une réserve de biosphère garantit une protection effective de chaque milieu. L’exemple birman montre ainsi pourquoi la préservation de l’environnement en voyage ne peut être dissociée des usages locaux, des conditions de vie et des évolutions du territoire. À Inle, l’intérêt d’une approche de tourisme durable tient à l’attention portée simultanément aux habitants, aux activités agricoles et à la fragilité des eaux, plutôt qu’à l’image d’un paysage intact. Le lac permet d’observer les interactions entre tourisme, économie locale et environnement, mais ne constitue pas pour autant une recommandation de visite ni la preuve d’une gestion durable de la réserve. Il rappelle que l’évaluation d’un voyage responsable dépend de ses effets concrets sur les personnes et les milieux, et non du seul statut de protection affiché par une destination.
Questions fréquentes sur le tourisme durable
Les notions de tourisme durable, responsable, solidaire et d’écotourisme se recoupent, mais elles ne désignent pas exactement la même chose. Leurs différences tiennent notamment à l’échelle concernée : destination, comportement du voyageur ou relation avec les habitants. Les repères historiques et les définitions d’organisations spécialisées permettent de les distinguer. Ils aident aussi à évaluer les effets concrets d’un séjour, de son transport à ses activités.
Quelle est la différence entre tourisme durable et tourisme responsable ?
Le tourisme durable est un objectif de long terme pour les destinations, tandis que le tourisme responsable désigne surtout des pratiques adoptées par les acteurs et les voyageurs. En 2005, l’Organisation mondiale du tourisme a défini le tourisme durable autour de la gestion des ressources environnementales, du respect des sociétés d’accueil et de la viabilité économique. La Déclaration du Cap de 2002 promeut, elle, un tourisme responsable qui réduit les effets négatifs et améliore les retombées locales. La distinction porte donc sur l’échelle : une destination vise la durabilité, et chaque acteur contribue par ses choix. La responsabilité du touriste en est une composante, pas l’unique dimension.
Qu’est-ce que le tourisme solidaire ?
Le tourisme solidaire associe les habitants à l’organisation du séjour et oriente une part des dépenses vers des projets locaux. Cette contribution peut soutenir, par exemple, une initiative communautaire ou un service collectif, selon les modalités annoncées par l’organisateur. Elle ne se confond pas avec une donation ponctuelle : les dépenses sont liées à un voyage construit avec les communautés locales. Elle ne se réduit pas non plus au volontourisme, qui propose une mission bénévole et peut soulever des questions sur son utilité ou sa durée. En France, l’ATES, l’Association pour le tourisme équitable et solidaire, rassemble des acteurs engagés dans cette démarche.
Qu’est-ce que l’écotourisme ?
L’écotourisme est un voyage dans des espaces naturels qui contribue à leur conservation et au bien-être des populations locales, tout en intégrant l’interprétation et l’éducation. Cette définition de référence est celle de la Société internationale d’écotourisme, qui met l’accent sur ces trois dimensions plutôt que sur la seule présence dans la nature. Le terme a été introduit en 1983 par l’architecte mexicain Héctor Ceballos-Lascuráin. En 2002, l’Année internationale de l’écotourisme a donné lieu à la Déclaration de Québec, qui a précisé les principes de cette approche. Une randonnée en forêt ne suffit donc pas, à elle seule, à qualifier un séjour d’écotouristique.
L’écotourisme est-il toujours durable ?
Non, l’écotourisme n’est pas automatiquement durable : les effets du transport, de la fréquentation et des activités comptent aussi. Un séjour dans une réserve peut générer d’importantes émissions si l’accès repose sur un long trajet en avion, même si les visites se déroulent dans un espace naturel. Une fréquentation trop élevée peut perturber la faune, notamment lorsque les visiteurs s’approchent des animaux ou quittent les sentiers. Les retombées locales dépendent également de la part des dépenses qui reste dans la région. Pour évaluer un écovoyage, il faut donc considérer l’ensemble du parcours et ses conséquences, pas seulement l’activité présentée comme écologique.